Continuum de sécurité : quelle place pour la sécurité privée ?

Continuum de sécurité : quelle place pour la sécurité privée en France ?

Le continuum de sécurité, l’idée que la sûreté d’un territoire se construit à plusieurs mains, entre forces de l’ordre et acteurs privés, n’est plus un concept théorique. L’État le réclame, la loi le prévoit, et il progresse sur le terrain. Pourtant, dans la pratique, la sécurité privée reste souvent tenue à l’écart de la réflexion sur la sûreté des entreprises. Retour, depuis le terrain, sur une occasion manquée et sur ce que le privé peut réellement apporter.

Une rencontre utile, et un angle mort

La Chambre de commerce et d’industrie réunissait récemment les chefs d’entreprise du département autour des référents sûreté de la police et de la gendarmerie. L’initiative mérite d’être saluée : toutes les CCI ne le font pas, et les intervenants institutionnels donnent de leur temps, souvent en soirée, pour informer les entreprises. C’est précieux.

On y a appris des choses concrètes, notamment la façon dont police et gendarmerie coproduisent désormais la sécurité entre elles. Au sein d’un même département, les services se transmettent une synthèse mutuelle de leurs événements, pour que chacun ait la même vision de ce qui se passe sur l’ensemble du territoire. Il y a quelques années, cela ne se faisait pas. La coproduction de sécurité avance donc réellement, et elle est voulue par l’État.

D’où une question, posée sans polémique : si cette logique de coproduction s’installe, pourquoi la sécurité privée n’est-elle pas, elle aussi, associée à la table ?

Sécurité privée : le vrai primo-intervenant

Les référents sûreté l’ont dit d’emblée, et c’est tout à leur honneur : ils ne recommandent aucun prestataire, aucune marque d’alarme, aucun fournisseur. Cette neutralité est légitime et saine. Mais elle ne doit pas conduire à balayer d’un revers de main tout le rôle du secteur privé dans la sûreté.

Car la réalité du terrain est simple. Lorsqu’une entreprise s’équipe d’alarmes, de caméras et d’un contrat de télésurveillance, qui intervient en premier en cas de déclenchement ? L’agent de sécurité. Lorsqu’un risque est identifié, que demande-t-on le plus souvent, au-delà des passages de patrouilles ? Le positionnement d’un agent. Et qui se trouve, bien souvent, primo-intervenant face à un acte délictueux commis sur un site gardé ? Là encore, l’agent de sécurité.

Se priver de cette expertise de terrain, c’est se priver d’un acteur capable d’expliquer, aux côtés des forces de l’ordre, comment sécuriser concrètement un bâtiment. La sûreté, qu’il s’agisse d’entreprises ou de particuliers, est précisément un domaine où le privé a une vraie carte à jouer.

Sûreté et sécurité : deux expertises, une complémentarité

Les intervenants l’ont rappelé eux-mêmes : il existe deux mondes distincts, la sécurité, qui traite l’accident, et la sûreté, qui traite l’acte de malveillance intentionnel. Les référents sûreté sont compétents en sûreté. Les services d’incendie et de secours, eux, sont compétents en sécurité. Chacun son domaine.

Or, dans le civil, il existe des experts qui couvrent les deux : des professionnels sûreté-sécurité capables d’embrasser l’ensemble de la problématique d’un site. Pourquoi ne jamais mentionner leur existence ? Soit parce qu’on choisit de ne privilégier personne, ce qui se comprend, soit parce qu’on ignore qu’ils existent, ce qui est plus préoccupant. Reconnaître cette expertise privée ne retire rien aux institutions : cela leur apporte un relais.

Des institutions irremplaçables, mais qui peuvent être épaulées

Soyons clairs : les institutions ne sont pas remplaçables. Elles sont fondamentales dans notre société, et il ne s’agit en aucun cas de les affaiblir. Mais elles font face à une charge de travail considérable. Pourquoi, alors, s’interdire de leur suppléer des moyens privés là où c’est possible et pertinent ?

Un expert sûreté-sécurité ne se déplace pas gratuitement, c’est entendu. Mais peu de chefs d’entreprise envoient eux-mêmes leurs équipes travailler sans contrepartie. Ce modèle économique se comprend parfaitement. Si le référent sûreté peut faire le travail, tant mieux. Mais lorsque la demande dépasse ses moyens, pourquoi ne pas orienter vers les professionnels privés capables de prendre le relais ?

Le renseignement : des moyens de recoupement qui s’envolent

C’est sans doute le point le plus concret, et le plus méconnu des administrations. Plusieurs évolutions récentes donnent à la sécurité privée un rôle inédit dans la chaîne de l’information.

Une loi du 18 août 2026 ouvre une phase expérimentale durant laquelle les agents de sécurité privée pourront se doter de caméras-piétons. Concrètement, après un délit, les forces de l’ordre pourraient contacter la société de sécurité présente à proximité pour vérifier si la scène a été filmée. De même, lorsqu’un agent travaille sur la voie publique, c’est sur la base d’un arrêté préfectoral : l’administration sait donc que tel agent était en poste à telle heure, à tel endroit, et qu’il a potentiellement capté des images utiles.

Si ces leviers ne sont ni connus ni mobilisés, ce sont autant de possibilités de recouper l’information et de judiciariser qui s’envolent. Précisons-le avec force : il ne s’agit pas de donner des informations pour aller arrêter tout le monde. L’état de droit n’est pas négociable. Il s’agit de reconnaître que le nerf de la guerre, c’est le renseignement et la communication, et qu’il existe aujourd’hui en France un service privé qui dispose d’informations que les forces de l’ordre n’ont pas, sans aucun cadre pour les partager utilement.

Plus de confiance, en échange de plus de contrôle

L’État perçoit souvent la sécurité privée à travers le seul prisme de l’intérêt commercial. C’est une lecture incomplète. L’intérêt commercial ne prend pas systématiquement le pas sur la vocation d’agir dans l’intérêt de tous. Les chefs d’entreprise du secteur sont des gens responsables, et la sécurité privée est déjà l’un des métiers les plus réglementés et les plus contrôlés qui soient.

Ma position est constante, et elle peut surprendre : je suis favorable à encore plus de contrôle. Faites-nous davantage de contrôles, et en contrepartie, faites-nous davantage confiance. Les militaires le résument d’une formule : la confiance n’exclut pas le contrôle. Donner plus de place à la sécurité privée l’obligera à se professionnaliser encore. Et cette confiance doit avoir pour prix une exigence sans faille : aucun passe-droit, aucune tolérance pour le moindre manquement. C’est à ce prix que se bâtit un corps de métier exemplaire, sur lequel l’État pourra vraiment s’appuyer.

Un rôle déjà prévu par la loi

De toute façon, les chiffres parlent d’eux-mêmes. La France compte de l’ordre de 170 000 agents de sécurité privée, soit à peu près autant que de policiers et de gendarmes réunis. Le chiffre d’affaires du secteur est passé d’environ 7 à plus de 11 milliards d’euros en une quinzaine d’années. Il y a de plus en plus d’agents, dans de plus en plus de lieux. C’est un fait que l’on ne peut nier.

Autant s’appuyer sur cette force, car elle détient des informations que les forces de l’ordre, par construction, n’ont pas. La place de la sécurité privée aux côtés de l’État est d’ailleurs déjà prévue par la loi. Elle n’est pourtant pas effectivement mise en œuvre, et c’est dommage. La rencontre de la CCI l’a rendu flagrant : ce volet manquait. Mais la réflexion est plus profonde. Sur toute sa dimension, la sécurité privée a un vrai rôle à jouer en France. Reste à le lui donner.

Notre conviction, chez ARKOS

Chez ARKOS, nous portons cette vision au quotidien. ARKOS Stratégie conçoit, audite et forme ; ARKOS Défense déploie la réponse armée sur le terrain. Concevoir avant de déployer, dans le respect du cadre légal et dans une logique de coopération, jamais de concurrence avec les institutions. Si vous êtes chef d’entreprise et vous interrogez sur la sûreté de votre site, échangeons.

Questions fréquentes sur le continuum de sécurité

Qu’est-ce que le continuum de sécurité ?

Le continuum de sécurité désigne l’idée que la sûreté d’un territoire se construit à plusieurs niveaux, en articulant forces de l’ordre, polices municipales et acteurs privés de la sécurité. C’est une logique de coproduction, reconnue par l’État et encadrée par la loi, qui vise à faire travailler ensemble le public et le privé plutôt qu’en vases clos.

La sécurité privée peut-elle collaborer avec la police et la gendarmerie ?

Oui, c’est prévu par la loi et déjà expérimenté localement. Des conventions de partenariat et d’échange d’informations entre autorités publiques et services privés sont possibles. Certaines préfectures ont associé les acteurs privés sérieux à leurs plans de sécurité du quotidien. Cette coopération reste toutefois inégalement appliquée selon les territoires.

Quelle est la différence entre sûreté et sécurité ?

La sécurité traite les événements non intentionnels : accident, incendie, risque naturel. La sûreté traite les actes de malveillance délibérés : intrusion, vol, sabotage, atteinte aux personnes. Les référents sûreté des forces de l’ordre couvrent le second volet, les services d’incendie et de secours le premier. Certains experts privés sûreté-sécurité couvrent les deux.

Les agents de sécurité privée peuvent-ils porter une caméra-piéton ?

Une loi du 18 août 2026 ouvre une phase expérimentale permettant à certains agents de sécurité privée de s’équiper de caméras-piétons, selon des conditions strictes (port apparent, déclenchement encadré, durée de conservation limitée, formation obligatoire). Ce dispositif pourrait, à terme, constituer un moyen supplémentaire de recoupement d’informations utile à la justice.

Combien y a-t-il d’agents de sécurité privée en France ?

Le secteur rassemble des centaines de milliers d’acteurs, un volume comparable à celui des forces de l’ordre. Son chiffre d’affaires a fortement progressé en une quinzaine d’années, dépassant aujourd’hui 11 milliards d’euros. La sécurité privée est donc devenue un acteur incontournable du paysage sécuritaire français.

ARKOS intervient-elle en conseil sur la sûreté des entreprises ?

Oui. ARKOS Stratégie réalise des audits de sûreté et accompagne les entreprises dans l’analyse de leur exposition à la malveillance, en complément des dispositifs publics. Lorsque la réponse appelle une présence armée, ARKOS Défense la déploie dans le cadre légal. Les deux entités interviennent en Auvergne-Rhône-Alpes.

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